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  5. Ali Elouahed: Directeur de l’hôtel les Orangers (Chlef), Le diagnostic sans concession d’un hôtelier de terrain  

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Catégorie : Portrait
09.Jui
Affichages : 262

Ali Elouahed: Directeur de l’hôtel les Orangers (Chlef)

Le diagnostic sans concession d’un hôtelier de terrain

 

À l'âge où d'autres profitent de la retraite, Ali Elouahed, passionné de tourisme (d'hôtellerie) a repris du service pour imposer ses normes et décrocher de nouvelles étoiles. En témoin privilégié de la période faste du tourisme national, il observe avec amertume les dérives tarifaires qui excluent tout un pan de familles algériennes des vacances locales. Il pointe du doigt et dénonce la relégation de la formation au second plan et l’accumulation de fonctions et bien d’autres pratiques qui fragilisent le secteur. Portrait d'un directeur d'hôtel qui refuse la fatalité et propose des solutions concrètes pour rendre au pays sa vocation d'accueil. 

Il a commencé au bas de l'échelle en 1976 à l’ITHT de Tizi-Ouzou avant de diriger les plus grands établissements du pays et de cuisiner pour les chefs d'État. Aujourd'hui manager de terrain à l'hôtel Les Orangers de Chlef, cet homme de métier n'a rien perdu de sa franchise ni de sa rigueur. Entre deux briefings avec ses équipes, il livre un diagnostic sans concession sur un tourisme algérien qui bâtit des palais de béton, mais oublie trop souvent de former les hommes pour les faire prospérer.

De ses premiers pas lors d'un stage en restauration à Sidi Fredj en 1978 à son diplôme de cuisinier en 1980, il apprend le métier par la base. Chef de rang, puis chef de cuisine, il gravit les échelons un à un, de l'Aurassi jusqu'au complexe touristique « Ennahdha » à Chlef, qu’il aide à sortir de terre après le séisme de 1980. « C’était la période faste du tourisme national », se souvient-il avec une pointe de nostalgie. « Le pays accueillait des touristes de par le monde et l’Algérie terre d’accueil, recevait des touristes de par le monde. Elle était inscrite sur l’agenda des grands opérateurs du tourisme mondial comme destination à découvrir. »

Cette rigueur du détail lui ouvre les portes de l'excellence. Dans les années 1990, après un passage à l’hôtel El Djazaïr (ex-Saint-George) et une spécialisation en cuisine VIP, il se voit confier une tâche de haute responsabilité : cuisiner pour le défunt président Abdelaziz Bouteflika lors de ses déplacements à Oran et Aïn Témouchent. Mais pour cet éternel insatisfait, la maîtrise des fourneaux ne suffit pas. En 2002, il valide un cursus de gestion à l’ENST de l’Aurassi et bascule définitivement du côté de la direction. Mostaganem, Oran, Chlef : partout où il passe, il laisse une empreinte ; celle d’un redresseur d'établissements qui innove et normalise.

Le mirage des milliards et le sacrifice de la formation  

Pourtant, derrière la réussite de ce gestionnaire que les propriétaires d’établissements s'arrachent - il a récemment permis à l'hôtel Les Orangers de décrocher une étoile en à peine six mois -, se cache une profonde amertume face à l'évolution du secteur. Pour lui, le constat est sans appel : l'Algérie commet une erreur stratégique majeure. « On investit des milliards dans des bâtisses et on oublie la formation ; alors qu’on devrait y penser dès la pose des fondations ! », fait-il remarquer.

Ancien enseignant dans la formation professionnelle- « c’était une expérience enrichissante », note-t-il-, il déplore le manque de continuité dans les cursus et l'apparition de diplômés qui ne se sont jamais frottés à la réalité du terrain. Pour ce directeur, un bon gestionnaire ne manage pas depuis un bureau capitonné : il doit être disponible, faire des briefings spontanés et savoir mettre la main à la pâte, que ce soit en cuisine, en salle ou dans l'administration. La clé du succès réside selon lui dans la stabilité de l'encadrement, le respect de la hiérarchie des brigades et la juste reconnaissance des sacrifices du personnel. Des valeurs bousculées par la réalité actuelle du marché : « Il y a des hôtels cinq étoiles qui paient des salaires très bas et offrent des prestations de gamme inférieure. Il faut absolument juguler l’exode de nos compétences vers l’étranger. »

Rendre le tourisme aux familles algériennes

Au-delà de la gestion humaine, c'est la politique économique globale du tourisme interne qui suscite sa colère. Témoin du potentiel immense du pays, à l'image du complexe Dorian Beach et ses 1 200 lits, il dénonce des aberrations tarifaires qui excluent les nationaux. « On ne peut pas faire du tourisme interne avec les prix actuels. Qui peut s’offrir un dîner à 4 000 ou 5 000 DA en plus de la chambre ? », s'insurge-t-il, rappelant que l'Algérien est « un client exigeant » qui « sait manger » et mérite la qualité !

Face à la hausse injustifiée et anarchique des prix durant la haute saison, il réclame une stratégie d'État sur le long terme: une baisse de la fiscalité pour soutenir le pouvoir d'achat des familles et une uniformisation stricte des tarifs par catégorie d'hôtel. Pour ce gardien du temple, le message est clair: l'avenir touristique de l'Algérie ne dépendra pas du nombre de ses bâtiments, mais de sa capacité à offrir un accueil irréprochable, une hygiène parfaite et des prix justes. Une discipline de fer qu'il continue d'appliquer chaque jour, les rênes bien en main.                                                                                                                                             

Achour B.

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